Depuis 20 ans sur le Net, je milite pour le principe biblique de la « gratuité ». Vous vous souvenez sans doute du débat que j’avais lancé en 2004, la discrimination par l’argent et la mort lente du bénévolat. Ce qui suit est le condensé d’une série de réflexions que je me suis faites et qui ont été publiées sur Facebook.

Discriminer par l’argent, un abus de faiblesse ?

Je veux montrer que le modèle unique que nous pratiquons confine à l’abus de position dominante et à l’abus de faiblesse : toutes choses contre lesquelles Jésus et ses disciples nous ont mis en garde. Si tu es un adulte dans la foi, tu es supérieur aux gens qui sont donc « en dessous » de toi. « Ce n’est pas aux enfants à amasser pour leurs parents », dit l’apôtre Paul. En vertu de son principe biblique, si ton désir est de les hisser vers la hauteur où tu es, tu dois enlever absolument TOUS les barrages qui gêneraient la réception de ton message. Lors du Jugement dernier, certains ne pourront-ils pas t’accuser d’être resté, en partie à cause de ton manque de foi, derrière la porte de la bénédiction ?

Si tu as reçu une révélation, que tu en as fait un livre en papier, je peux concevoir que tu puisses le vendre car tu as évidemment des frais d’impression. Mais si tu dis avoir reçu de Dieu une révélation qui pourrait libérer et bénir Son peuple, et que tu l’aies mise sur un PDF que tu vends, alors de mon point de vue tu agis mal : à l’époque du numérique, tu RETIENS la bénédiction que Dieu t’a confiée. Ce que tu cherches à faire c’est à CONTRÔLER ton don. Tu partages le message que tu as reçu dans un système qui fonctionne avec l’argent, alors que de nos jours, ouvrir les droits sur un fichier numérique ne coûte rien, et permet à ton message de faire non pas 1000 lecteurs, mais potentiellement des centaines de milliers, voire des milions.

En partie renoncer à administrer son don

Si tu optes pour le système de GRATUITÉ, tu RENONCES à gérer ton don et ta production par l’argent. Il te suffit de faire une AUTRE ÉDITION de ton livre, d’y mettre un autre ISBN et ton éditeur ne pourra s’y opposer. Mais faire cela, c’est quitter la SÉCURITÉ de ton système. Il me semble que c’est cela, la vraie foi. C’est courir un risque, donner gratuitement comme Jésus l’a dit, et abandonner ce qu’Il t’a confié aux courants énormes de la mondialisation numérique. Je dirai même plus : verrouiller sous un droit d’auteur ta production est le signe que tu n’es pas totalement abandonné à la grâce.

Tu nous fais de belles leçons de foi et de religion dans ton livre, et tu comptes sur lui pour te nourrir, te vêtir, te permettre d’aller partout alors que Jésus et ses apôtres ne l’ont pas fait. L’argent, ils le prenaient… dans les poches des riches, dans la bouche d’un poisson ou que sais-je encore. Je ne te juge pas, je fais un simple constat. « C’est l’inférieur qui est béni par le supérieur » (Hébreux 7:7) Si tu as un message à partager, et si tu veux qu’il soit répandu, OUVRE les droits et choisis le Copyleft. Prend des risques, toi qui nous exhorte sans cesse ! Sois différent ! Tente une nouvelle aventure, comme l’on fait d’autres dont je vais parler plus loin.

Tout tarif crée de l’exclusion

Lorsque je passe du temps dans ma Bible, j’aime parfois creuser avec un commentaire verset par verset. J’ai vécu une expérience que je voudrais te partager et qui m’a causé une certaine frustration. Nous sommes une famille de 6 personnes. Comme l’immense majorité de nos contemporains, notre budget est extrêmement limité : nous pouvons nous nourrir, nous vêtir, nous avons un toit sur la tête (pour l’instant), parvenons à couvrir nos frais d’énergie et de déplacement. Il ne reste que très peu pour les « loisirs ». Imaginez les sentiments qui sont montés dans mon coeur, et qui doivent monter dans le coeur de quantité de personnes dans le monde, lorsqu’utilisant mon application biblique gratuite favorite (Bible Reader, dont j’aime particulièrement l’ergonomie), j’ai cliqué sur le bouton « more commentaries ».

Le Store de l’application Bible Reader (Olive Tree)

Je me contente habituellement de l’excellent commentaire de Matthew Henri, un brave homme qui est mort depuis si longtemps que ni lui, ni ses descendants ne peuvent s’opposer à ce que ses écrits soient gratuits. J’avais l’impression de rester « à la porte » de la bénédiction. J’avais sous les yeux des tas de commentaires qui auraient pu m’édifier, mais les tarifs étaient tellement élevés qu’ils étaient littéralement une INSULTE à la condition de vie de ma famille. Acheter même un commentaire complet à prix « raisonnable » (200$) eut été exposer ma famille à la disette. Faire un tel achat « par la foi » vu l’état de nos finances aurait plus ressemblé à un comportement compulsif qu’à un défi à mon Créateur, comme aiment en lancer ces personnalités déséquilibrées qu’on trouve dans les milieux dits de la « Prospérité ». Ils auraient tendance à avoir la foi… dans l’argent des autres. Ce soir-là, perplexe, j’ai du me résoudre à laisser ces ouvrages hors de prix, réservés à un « clergé » qui aurait en quelque sorte chèrement acquis son savoir, pour me contenter du gratuit, la petite pièce méprisée qu’on a bien voulu me laisser.

Les Licences Libres, outils pour favoriser la bénédiction

Mais permets-moi de poursuivre mes remarques. Quelqu’un qui dirait avoir reçu un message du Seigneur et le mettrait à disposition en PDF moyennant finances se comporterait comme quelqu’un qui met un oiseau en cage. Bien que sous contrat d’édition, tu peux aussi créer une autre version de ton fichier et l’offrir PDF, sous Licence Libre. En matière de musique, pourquoi ne pas t’inspirer par ce que font ces non-chrétiens qui ont manifestement foi en l’avenir et en la bonté de l’être humain. Et toi, a fortiori, ne devrais-tu pas être leur « Leader » (pour utiliser un mot qu’on aime répêter dans ton milieu) ? Sans compter que de toute façon, tu ne vendras plus de CD en plastique ni même de versions numériques, mais tu seras payé au prorata de ton taux d’écoute car tout le monde aura bientôt son abonnement. Toi qui fonctionne avec une mentalité non renouvellée en matière d’argent, qui es censé être « la tête et non la queue », tu es à la traîne du monde.

Comment concilies-tu ce paradoxe : toi qui voudrais nous porter vers les hauteurs du coeur de Dieu, pour les affaires « terrestres », tu es tellement en retard et frileux que tu te contentes de sauter dans le dernier wagon du dernier train ? Toi qui affirmes avoir pour obectif de toucher le maximum de personnes, tu contredis par tes actes tes premières déclarations. Ne devrais-tu pas plutôt dire humblement et honnêtement que tu manques d’argent, et que tu as besoin d’avoir la foi ? Ne ferais-tu pas comme les croyants des époques précédentes : ne monterais-tu pas sur la montagne pour recevoir une directive et l’inspiration pour tracer un nouveau chemin ?

On moissonne peu parce qu’on sème peu

Le manque de finances, la faute des chrétiens ou la tienne ?

J’entends souvent que, de toute façon, ceux qui vendent leurs disques et leurs livres ne s’en sortent pas. Je les vois souvent se plaindre, au lieu de changer leur fusil d’épaule pour récolter une moisson abondante. Ils n’ont pas compris que les temps ont changé. Ceux qui verrouillent sous un copyright moissonnent peu, parce qu’ils SÈMENT PEU. Partout j’entends des gens qui se plaignent de manquer de finances. Mais où est la foi dans leur attitude ?

Dessin satirique de Pawel Kuczynski

Il me semble qu’ils ont tous été enseignés dans le Mouvement Charismatique, qu’ils ont reçu le message de Jeunesse En Mission sur les techniques de levées de fonds et que c’est le SEUL MODÈLE qu’ils ont reçu. Où sont ceux qui veulent imiter Hudson Taylor, Georges Müller ? Partout dans leurs associations, on ne parle que chiffres, finances, embauches sur des critères HUMAINS mais où sont ceux qui mettent la FOI, et je parle là de la foi qui tremble et qui se donne des sueurs froides ! A un pasteur qui se plaignait à moi de ne pas avoir d’argent pour acheter les chaises de son local, je résumais le problème en ces termes : avoir la foi, est-ce prier Dieu de m’envoyer l’argent, PUIS d’acheter 50 chaises ? Ou alors, est-ce d’acheter sans argent 50 chaises, SACHANT que Dieu va pourvoir, généralement au dernier moment ?

Succès public et déontologie

J’avais développé cette idée dans un article intitulé « Pas de place pour les kilos superflus sur la corde raide » au début des années 2000. Il m’a valu d’être tout simplement boudé par le « système ». Mais laissez-moi vous rappeler que le succès phénoménal de la Bible Louis Segond 1910 n’a tenu qu’à une seule chose : le fait que ce texte était libre de droits. Regardez en matière de musique seulement ce que les non-chrétiens ont été capables de produire. Et nous, nous aurions un Dieu radin et nous serions comme des imitateurs du monde, seulement capables de produire des « biens de consommation » ?

Sais-tu que, déontologiquement, l’apôtre Paul refusait d’associer l’enseignement d’une vérité spirituelle à l’argent, la dispensation d’une onction à l’argent (« simonie »), pour qu’on ne puisse pas l’accuser d’abus de faiblesse ? C’était son « sujet de gloire ». Et toi, quel est le tien ?

Et vous, qu'en pensez-vous ?